Editions de Corlevour Réginald GAILLARD 273, chaussée d’Ixelles 1050 BRUXELLES (BE) gaillard.reginald@gmail.com

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« Jean-Louis Chrétien, La joie spacieuse. Essai sur la dilatation (Paris, Editions de Minuit, 2007) »
« Jean-Louis Chrétien. La joie spacieuse. (ed. de Minuit, 2007) »
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« Jean-Louis Chrétien. La joie spacieuse. (ed. de Minuit, 2007) »

Jérôme de GRAMONT
« Dès que la joie se lève… » - mais se lève-t-elle ? De la joie, pouvons-nous dire qu’elle se lève, fût-ce au milieu de notre vie, comme le jour chaque matin se lève, nous délivrant des pesanteurs de la nuit pour nous rendre à l’allègement d’un monde à nouveau visible ? Dès les premiers mots du dernier livre de Jean-Louis Chrétien, nous devinons que ces descriptions de la joie se tiennent à l’extrême – l’extrême, non l’impossible – de ce que nous pouvons dire, et vivre : cette fragile venue de la joie dont nous savons aussi, ne le sachant que trop, qu’elle peut ne pas venir. Un précédent recueil, de poèmes cette fois, la nommait déjà, mais au prix d’une double violence : le pluriel de son titre, signe que nous possédons moins la joie dans sa simplicité que nous ne l’éprouvons, parfois, comme autant d’éclats, tranchants et brefs, et la mémoire, dans son titre aussi, du difficile passage qui peut nous y mener, chemin si abrupt que nous y reconnaissons à peine un chemin (Joies escarpées, Obsidiane, 2001). Dès lors, comment parler de la joie sans nous tenir à la fois dans la promesse qui nous en est faite – car nos propres mots se lèvent avant tout dans la promesse que vienne l’à venir de la joie (7) – et dans la mémoire de ce qui précéda sa venue – l’étroitesse d’une vie nouée dans l’angoisse et la pesanteur, et à laquelle nous avons dû être arrachés (20). Comme une double fidélité qui se recueille dans la prière d’Augustin aux premières pages des Confessions, avant de se déployer dans son ample méditation de l’espace intérieur : « Etroite est la maison de mon âme, pour que tu y viennes : qu’elle soit dilatée par toi » (37). Entre mémoire et promesse, la joie n’est pas état mais passage – pourquoi il faut ici donner raison à Spinoza lorsqu’il la définit comme passage d’une moindre à une plus grande perfection (165 sq). C’est peu dire que nous ne naissons pas dans la joie comme si elle était notre condition première, ou que nous ne saurions nous y installer d’emblée (21), mais il faut dire que nous naissons à la joie, dans cette « inchoation vive » (7), tout à la fois surgissement d’un espace entier marqué au sceau de la nouveauté elle-même (61 sq), et renouvellement de soi, transformation radicale de soi pour laquelle il n’est pas faux de risquer le mot de « quasi-création » (108). Dès que la joie se lève… », l’espace entier surgit, espace au dehors (de là ce « certain Ah ! d’admiration » dont parle Bossuet, cette « inchoative exclamation : ah ! » (141) en réponse à ce qui nous arrive, et qui n’est pas sans rappeler les pages si belles et si fortes d’Henri Maldiney sur la rencontre et le « ah ! des choses ») et « espace du dedans » (34, l’expression de Michaux n’est pas si loin de la méditation d’Augustin) : la joie ne rendrait pas neuves toutes les choses si elle ne nous rendait aussi à notre nouveauté de vivre. « Ici, c’est le renouvellement qui ouvre l’espace de la joie » (108). Evénement, surgissement, avènement de soi dans le passage inouï de l’étroitesse à la respiration de vivre, la joie ne vient pas sans violence, « joie en crue » (9, voir 21) marquée au sceau d’un excès (« l’excès du désirable et le surcroît de la rencontre » 123) ou d’un arrachement (pourrions-nous parler de l’épreuve de la joie « s’il n’y avait rien dont elle nous libérât » ? 144), mais violence qui nous confie en retour à bien plus que le simple contentement d’être, au « mouvement même par lequel le désir renaît plus fort et plus vif de ce qu’il a rejoint » (122), à cette puissance de renaître et commencer sans cesse qui n’est peut-être rien d’autre que la puissance même de la vie comme vie éternelle (nous pouvons bien en risquer ici le mot) ou vie rendue à soi dans l’amour (car c’est bien à cette puissance de commencer et recommencer sans cesse qu’on reconnaîtra l’amour, 140). Difficile avènement peut-être, mais inouï et inespéré, et qui, s’il a lieu, nous rend à nous-même au-delà de tout ce que nous pouvions imaginer. Le combat de Jacob avec l’ange dit à la fois cette dimension d’agôn et cette bénédiction . De ce combat, poètes et mystiques plus d’une fois auront fait le récit – l’étourdissante, mais jamais étouffante, érudition de Jean-Louis Chrétien en témoigne. On trouvera peu de philosophes en revanche dans ces pages, on retrouvera des auteurs familiers à notre auteur (comme Augustin, ou Claudel), au milieu de bien d’autres que le lecteur parfois découvrira (pour le lecteur de ces lignes, le chapitre consacré à Thomas Traherne fut une découverte absolue). Toutes ces pages et tous leurs commentaires ont en vue une même idée, et cette idée tient tout entière dans le titre du livre – mais qu’on ne regrette pas la monotonie d’un ouvrage consacré au commentaire d’un seul mot : dilatation, ou alors qu’on se souvienne que la monotonie parfois peut être dite « géniale » (Proust) . La joie spacieuse : la joie donne moins l’espace qu’elle ne donne de l’espace, qu’elle n’approfondit l’espace – au dehors ou en nous – le dilate donc, pour se faire « épreuve de l’espace en crue » (8). La joie appelle sans doute une poétique – où la parole tenue de lui répondre sache se faire poème (21) ou louange (249) – mais elle appelle aussi une esthétique – si l’on entend par là sa descriptions sous les conditions sensibles de l’espace et du temps. De cette esthétique de la joie, le dernier livre de Jean-Louis Chrétien offre donc les linéaments, au moins en l’envisageant sous l’aspect de l’espace (à partir de sa dilatation), mais on voit qu’il ne nous laisse pas non plus sans ressource pour la penser sous l’aspect du temps (comme « déchirure qui nous ouvre » 31). En d’autres termes : la joie « donne de l’espace et apporte du nouveau » (61). Ce qui peut se commenter ainsi : « Nous ne sommes pas joyeux d’un espace agrandi (ni angoissé d’un espace rétréci), nous sommes joyeux de l’élargissement même de l’espace, ou attristés de la raréfaction de l’espace : l’espace est chaque fois ce qui nous demeure ouvert et ce qui en nous et de nous demeure ouvert. Le surgissement d’un unique possible là où il n’y en avait plus est joyeux, l’existence à nouveau respire, comme la disparition d’un possible angoisse, alors même qu’il nous en resterait de nombreux, car le souffle se fait un peu plus court. » (62). « Dès que la joie se lève, tout s’élargit » (7) – qu’elle se lève donc, et qu’elle soulève notre corps pour qu’il se déplie en même temps que notre visage s’ouvre, notre regard s’éclaire et notre respiration se fasse plus ample, cette joie dont paroles et pensées jusqu’ici ont entretenu la promesse.
Jérôme de GRAMONT